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Vieilles réflexions

 
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 Jack Herer
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 MessagePosté le: Ven 28 Sep - 21:24 (2012)    Sujet du message: Vieilles réflexions Répondre en citant

La petite fille aux cheveux d’or semblait heureuse. Son sourire d’ange laissait entrapercevoir la blancheur de ses dents fraichement nés. Si jeune, si innocente. Elle ne connaissait pas encore les malheurs, les soucis, le stress de ce monde qui l’entourait. Elle vivait comme dans un cocon la protégeant tant bien que mal de l’atmosphère malsaine qui règne ici bas. Elle était donc heureuse, un rien lui donnait le sourire. Jouant avec sa nouvelle poupée achetée par sa mère dans un magasin de hard discount qui vendait des produits ne respectant pas les normes en vigueur. Le plus drôle dans cette histoire de poupée, c’est qu’elle était destinée à une part de marché assez jeune, mais que dans le même temps, elle était fabriquée justement par la tranche d’âge de cette part de marché. Des enfants fabriquent des jouets pour des enfants. A la seule différence que certains vivent, sans le savoir, dans une opulence certaine, tandis ce que les autres, n’ont si peu, que le simple d’avoir quelques grains de riz dans leur assiette suffit à leur faire esquisser un sourire et à leur faire dégager un sentiment d’un bonheur intense. Un bonheur de si courte durée, mais tellement rare qu’il leur permettait d’oublier quelques minutes les coups reçus au travail, l’exploitation d’une jeunesse décolorée et qui déjà si jeune se tue à la tâche. L’enfer impitoyable d’un monde sauvage et capitaliste dont le maître s’appelle bénéfice, un maître qui impose sa dure loi, ses méthodes barbares de déshumanisation. L’on se tue au travail alors que certains chefs de gouvernement s’augmentent allègrement leur salaire de plusieurs milliers d’euros alors que le pouvoir d’achat du peuple qui commence à crier famine, lui, diminue constamment. C’est à ce moment là que l’on se souvient des promesses illusoires d’hommes qui inspirent parfois la confiance, c’est aussi à ce moment là que l’on commence à comprendre la définition du mot politique, du mot démagogie et de l’expression se faire prendre en levrette ou quand le glaive des patrons, ceux qui ont le pouvoir de faire tomber les têtes, s’apparentent alors à une forme phallique qui marque à jamais.

La petite fille jouait. Ignorante encore de l’avenir. Heureuse avec cet humble présent qu’elle tenait en main, un rêve pour elle, un rêve qui se réalisait. Même à six ans l’on a des rêves, des envies, des désirs. L’on vit encore dans ce monde si beau, si parfait, sans soucis. Charlotte ne connaissait pas encore la méchanceté. Elle ne pleurait que quand elle se faisait mal après être tombée de son vélo ou alors après avoir glissée sur le carrelage de la cuisine que sa mère avait préalablement lavé.
Cette après-midi là, elle était avec son amie, sa meilleure amie, Christine, celle avec laquelle elle s’amusait sans se soucier, sans s’inquiéter. Christine était debout face à elle, regardant étrangement Charlotte avec le sourire aux lèvres. Que de joie, que de bonheur pour un détail si futile. Une simple poupée pouvait-elle provoquer tant d’extases ?
Un frisson parcouru Christine, son regard devint plus dur, des sensations étranges et des sentiments nouveaux, son cœur se mit à battre rapidement. Elle avait une envie, voir pleurer son amie, la voir souffrir pour effacer son maudit sourire de son visage, la voir pleurer pour lui faire mal. Faire mal, pour faire mal ! Mais pourquoi ? Pourquoi vouloir rendre triste quelqu’un ? Pourquoi cette pulsion soudaine. Elle prit une profonde inspiration, se rua sur la poupée que son amie tenait en main, lui arracha comme on arrache une fleur dans un jardin. Leur regard se croisèrent l’espace de quelques minutes. Dans le premier, on pouvait lire une forme de colère, de haine et de folie ; dans le second, de la détresse, de l’inquiétude et de la peur.
Christine brisa la poupée, lui cassant les membres un à un, cassant la source de bonheur de son amie ! Elle prit, lui semblait-il, du plaisir à le faire. Son cœur palpitait dans sa cage thoracique, sa respiration s’était accélérée. Plus elle détruisait la source de bonheur, plus elle avait envie de casser. Après avoir cassé les jambes et les bras, elle saisit fermement la poupée pour la cogner violemment contre le coin du bureau. Les coups répétés brisèrent la forme du visage si immobile de la torturée, puis, elle tomba lentement au sol dans un bruit lourd et sec.
Les deux amies se regardèrent sans comprendre. Perdues toutes les deux dans un mauvais rêve. Perdues toutes les deux à l’extérieure du cocon … ou peut être que maintenant le cocon mis en place par leur parent était corrompu lui aussi par ce mal qui ronge toute forme de vie. Dans de tel moment, n’y a-t-il ne serait-ce qu’une différence entre l’être humain et l’animal ?
Charlotte se mit à pleurer, prenant maintenant ce qui fusse autrefois sa poupée, pleurant comme jamais, pleurant non plus parce qu’elle était tombée, mais parce qu’elle avait mal, elle avait mal à un endroit nouveau : au cœur. La douleur était bien plus terrible que de s’écorcher un genou, la douleur était profonde, si profonde, qu’elle ne savait plus quoi faire, qu’elle ne se sentait plus l’âme de vivre. Inconsciemment, elle souffrait tellement et cet acte resterait à jamais dans sa tête comme étant l’élément déclencheur, plus tard, de bien des troubles. Elle pleurait à chaudes larmes. Elle n’osait plus regarder son amie, se contentant de lui demander :
« Pourquoi t’as fait ca ? »
Christine fut surprise par la réponse … surprise par ses sentiments qu’elle éprouvait maintenant. Elle ne pouvait pas répondre à la question. C’était une pulsion, ce n’était pas elle, pas la vraie elle qui avait cassé la poupée. Elle regrettait, elle voulait n’avoir jamais commis cet acte. Elle se sentait mal, comme si elle savait qu’elle venait de perdre sa meilleure amie, elle venait de tout casser, de tout détruire. Il est plus facile de casser quelque chose que de le construire. En un rien de temps on peut tout perdre, la roue tourne souvent bien vite. En un rien de temps, l’on passe de tout à rien. Flirtant un bref instant avec le bonheur pour sombrer avec mélancolie dans le monde si cruel du malheur et de la souffrance gratuite.
Christine pouvait maintenant entendre en elle le rire diabolique qui résonnait dans sa tête. Elle était folle, son comportement et les voix qui la perturbaient, venaient confirmer cette thèse. Elle pleura aussi, mais intérieurement, consciente d’avoir fait mal, consciente …

Alors pourquoi faire mal ? Pourquoi vouloir poursuivre ce but ? Pourquoi détruire et pourquoi rendre les gens malheureux ? Au delà de ces questions qui peuvent sembler si idylliques, qui semblent être le fruit d’une personne idéaliste semblant vivre dans un monde en dehors du nôtre, la réponse semble peut-être intéressante à trouver. La voie de la sagesse ne commence-t-elle pas par là ? L’Homme est gouverné par ses pulsions, par un désir destructeur qui semble lui procurer un tel plaisir que l’idée d’atteindre un jour un monde parfait le chagrine ! Il fait tout pour que cela n’arrive pas … N’avez-vous jamais imaginé un monde parfait ? Peut-être parce que ce monde causerait alors la fin de l’humanité.
« La méchanceté est de tous les esprits le plus facile. Rien n'est si aisé que d'apercevoir un ridicule ou un vice et de s'en moquer : il faut des qualités supérieures pour comprendre le génie et la vertu. »
 

_________________
Main de fer dans un gant de fer.

Primum vivere dein de philosophare.


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 MessagePosté le: Ven 28 Sep - 21:24 (2012)    Sujet du message: Publicité

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 Rose
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 MessagePosté le: Sam 29 Sep - 16:32 (2012)    Sujet du message: Vieilles réflexions Répondre en citant

J'ai particulièrement aimé le début, le passage sur la fabrication de la poupée !

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 MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:33 (2017)    Sujet du message: Vieilles réflexions

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